Call it escapes and flashes

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Whitehouse Gallery

« Pourquoi cette passion d’immortaliser le monde dans toutes les variations de ses visages, pourquoi ce souci d’un rendu possiblement trompeur de chaque impression fugitive, si ce n’est pour maintenir à la portée de l’homme ce qui menace de lui échapper ? »
(Ton Lemaire, Filosofie van het landschap, 1970, traduction Isabelle Pouget)

Le paysage est un des sujets les plus incontestés de l’histoire de l’art. Du simple décor à la représentation symbolique d’un sentiment joyeux et frivole ou violent et sublime ; des perspectives les plus somptueuses aux natures mortes aux bouquets, la nature est omniprésente dans l’art. Mais Greet Van Autgaerden n’est pas un peintre paysagiste dans le sens traditionnel du mot. Le paysage n’est que le point de départ d’un travail qui passe par un long processus allant de la perception à l’image peinte par le biais de l’imaginaire, de la mémoire et de la couleur. L’artiste puise son inspiration principalement dans l’environnement naturel de son atelier. Les arbres, avec toutes leurs qualités et leurs ramifications spécifiques et singulières, y jouent toujours un rôle de premier plan.

Les peintures de Van Autgaerden se singularisent par leur dialogue entre des éléments de paysage figuratifs – reconnaissables – et des formes abstraites, surfaces souvent quasi géométriques aux couleurs pures et lumineuses. Deux termes à relativiser cependant : son interprétation d’un arbre peut être figurative dans le sens où l’espèce spécifique de l’arbre est identifiable, tout en étant une représentation non réaliste par ses couleurs et ses coups de pinceau très expressifs. Une représentation cependant toujours juste car l’artiste ne peint que ce qu’elle voit. Dans sa nouvelle série, des figures « humaines » se glissent pour la première fois au milieu des éléments et des zones de couleur plus abstraites, silhouettes sans visage dont toute l’énergie est tournée vers le paysage. Là encore, il ne s’agit nullement de réalisme à quelque degré que ce soit ; l’artiste s’appuie plutôt sur une tendance naturelle de l’homme à voir des formes anthropomorphes et à se laisser aller à une paréidolie collective.

“Zo mag ik dan voorzichtig concluderen dat inderdaad elk landschap zowel iets van de natuur als van de mens bevat.” (Ton Lemaire, Filosofie van het landschap, 1970)
« Je peux donc conclure, avec prudence, qu’en effet chaque paysage contient quelque chose de la nature et de l’homme. » (Ton Lemaire, Filosofie van het landschap, 1970)

L’œuvre de Van Autgaerdens explore essentiellement la perception elle-même. Quand un homme regarde un paysage, que voit-il ? Van Autgaerdens tente en tant qu’artiste de transférer sa propre perception et ses idées sur la toile. Avec la conscience que la vérité d’une image n’existe pas par principe : chacun voit autre chose dans un paysage comme dans une œuvre d’art. Ses touches de couleur et son langage visuel très personnels permettent au spectateur de déambuler facilement dans ce paysage peint « grandeur nature ».
L’artiste emprunte le titre de sa série Visions fugitives aux Vingt pièces pour piano de Sergueï Prokofiev. D’une part, ce titre nous éloigne loin de toute réalité. Le paysage naturel permet de s’évader du quotidien surchargé, des obligations et des soucis ; un lieu qui offre temps, perspective et espace. Et dans ce sens, la peinture est aussi une évasion nécessaire à l’artiste ; plonger dans ce travail n’est pas sans difficulté, mais il permet d’exclure d’autres obstacles.

D’autre part, on peut également l’associer à l’idée de fugacité de la pensée et de l’image. Si les figures humaines que nous voyons apparaitre dans les œuvres arpentent le paysage c’est pour laisser libre cours au flux de leur pensée. Dans la nature, l’espace laisse place à la réflexion. C’est le cas pour Van Autgaerden – c’est après tout là qu'elle puise son infatigable inspiration – et pour ces innombrables personnages qui, du romantisme à nos jours, hantent les paysages bucoliques ou sublimes. Sombres ou légères, ces pensées ne sont cependant pas le sujet de l’œuvre. Au contraire, par sa mobilité, le paysage est à l’image de l’impermanence de la réflexion humaine. Tout comme il y a une volatilité artistique. Van Autgaerden saisit une image et tente de la sauvegarder pour la recomposer à nouveau sur la toile. Faire surgir de la toile cette image – « correcte » sans doute mais disons plus justement « fidèle à sa perception personnelle » – implique une lutte constante avec la peinture et la forme. Car l’image ne cesse de s’échapper : elle ne se montre que par fugaces intermittences que l’artiste doit saisir pour la révéler progressivement.

Tamara Beheydt

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