Into The Distance

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Into The Distance

Caroline Le Méhauté (1982) interroge les interactions entre l’homme et son environnement, la terre et plus largement le cosmos auquel cette terre participe. Ses sculptures, installations et travaux sur papier appartiennent au domaine de la nature en ce sens qu’ils utilisent des matériaux tels que la tourbe, la fibre de noix de coco et les pierres ; des couches de terre vieilles de milliers d’années ou des roches des indestructibles montagnes des Pyrénées. Dans leur authenticité, ces matériaux ont ce pouvoir de susciter un questionnement existentiel.

De l’immobilité abstraite des images se dégage l’occasion d’une réflexion. La vue dominante – au sens propre comme au figuré – d’une surface couverte de terre, ou d’un cyanotype (procédé photographique monochrome provoqué par un mélange photosensible) montrant des terres agricoles épuisées vues du ciel suffit à mettre l’homme, la terre et le cosmos en perspective. Cependant, bien que l’histoire de ces strates et de l’épuisement de la nature qui nous entourent soient ici dévoilées, la question écologique n’est pas la principale préoccupation de l’artiste. Ce qui lui importe en premier lieu est une question bien plus fondamentale : une réflexion existentielle, philosophique et poétique sur la position de l’homme dans un environnement beaucoup plus vaste, plus vieux, plus riche.

Les œuvres en fibres de coco et les sculptures portent presque toutes le titre de « Negociation ». Il ne s’agit pas ici d’une discussion commerciale ou politique. Ce qui est mis en perspective ce sont ces tractations perpétuelles entre notre position personnelle et le monde qui nous entoure. En tant qu’être humain, nous relevons d’un certain espace auquel nous nous rapportons et nous devons sans cesse rechercher un équilibre avec la gravité. Tous les autres éléments, animaux ou phénomènes naturels, entrent dans ce jeu. Il y a une recherche continuelle de compromis dans la nature. À l’échelle microscopique, cette réalisation est proche de la pratique d’un sculpteur qui, lors de la création d’une sculpture, doit toujours négocier avec des éléments tels que la matière, l’espace, la masse et la gravité.

Caroline Le Méhauté nous rend sensibles à ce jeu de négociation en jouant elle-même de compromis singuliers avec ses propres matériaux, avec l’espace, avec le spectateur. Ainsi, souvent, l’œuvre flotte sur le mur, touchant presque au plafond, ou bien sur un fond de papier blanc. Ce choix de positionnement n’a rien de fortuit. Le changement physique de perspective entraîne une réaction mentale. La terre est mise à hauteur d’homme ; un changement de paradigme où le sol horizontal, généralement piétiné sous les pieds et donc jamais vu, senti ou ressenti de près, accède à la verticale et au face à face. Les distinctions hiérarchiques s’effacent ; grandit alors en nous la prise de conscience de notre appartenance à cette terre, à cette matière dont nous sommes nous-mêmes issus.

La nature est une force primitive qui a façonné la terre bien avant l’émergence de l’homme. Or, depuis son apparition, l’être humain ne cesse de s’essayer à la contrôler. Dans sa pratique artistique, Erwan Mahéo (1968) étudie, entre autres, les structures artificielles à travers lesquelles l’homme façonne le paysage et la vie.

Erwan Mahéo travaille avec une multitude de disciplines et de matériaux. Il décrit son art comme un espace mental dans lequel le savoir serait réparti dans différentes pièces. Une construction mentale dont chaque nouveau maillon peut reposer sur le précédent mais être également reformulé. De son intérêt pour la relation entre les espaces physiques et psychologiques, résultent souvent des installations et objets dans lesquels l’architecture joue un rôle central. Paradoxalement, il travaille régulièrement avec du textile, matière légère et flexible qui fonctionne néanmoins comme une structure spatiale.

Cette dernière année, ses recherches et ses travaux se sont focalisés sur les parcs du XVIIIe siècle, époque où les parcs romantiques mirent à la mode les enchevêtrements de sentiers, d’étangs, de parterres de fleurs et de pavillons. Certains architectes paysagistes allèrent très loin en créant des collines, des ravins et des forêts. De tels jardins n’offraient pas seulement une promenade fascinante, mais proposaient également un cheminement mental. Leurs paysages sont toujours la traduction de déambulations psychologiques et émotionnelles ; l’étang suggère la paix et l’ouverture, le ravin peut inspirer le vertige au sens littéral et figuré, et la grotte étroite sécrète la claustrophobie.

Les sculptures en céramique d’Erwan Mahéo se présentent comme des maquettes de parcs qui demain pourront être réalisés grandeur nature, mais qui soulèvent également d’autres associations intéressantes. Ainsi, les couleurs utilisées, allant du noir au rose charnel, sont bien loin des arbres verts et des étangs bleus. Elles rappellent plutôt les photos et les dessins médicaux, images de l’intérieur du corps humain. Car le parc peut aussi être regardé comme un organisme vivant complexe où tout est connecté et remplit une fonction. Il y a une évidente ressemblance entre l’unité organique du corps humain et cette ensemble harmonieux de sentiers, de lacs et d’arbustes.

De plus, en partie en raison de leur position verticale et de leur encadrement sur les murs blancs de la galerie, ces sculptures engendrent une certaine forme de paréidolie, l’illusion par laquelle quelqu’un identifie une forme familière dans des images abstraites ou des paysages naturels. Le parc devient ainsi, psychologiquement et artistiquement, un portrait.

Tamara Beheydt

Groot Park 2
3360 Lovenjoel
Heures de visite
Ven-Sam-Dim 14h-18h