Paper Show

Vernissage
January 16, 3 - 7 pm

PAPER SHOW

Le papier est un matériau traditionnellement destiné à l’écriture, au dessin et à l’impression. Mais dans les arts plastiques, ce ne sont plus les seules applications. Après la foire Art on Paper de l’automne 2021 à Bozar à Bruxelles, la question de l’objectif de cette foire a surgi. Ce type d’évènement doit-il se concentrer sur le pur dessin ou promouvoir toutes les possibilités du papier dans la pratique artistique ? La Whitehouse Gallery propose une première réponse en réunissant, dans une nouvelle exposition, huit artistes chez qui le papier joue un rôle central. Bienvenue donc au Paper Show, une exposition d’œuvres sur papier, cet ami fidèle et séculaire qui croise et influence aujourd'hui de multiples façons les processus de création artistique de nombreux artistes contemporains.

Stefan Serneels (°1968, Anvers) utilise le papier comme un support classique de dessin. Cette pratique lui permet de traduire spontanément et sans inhibition un état mental de créativité en signes matériels. Le papier lui permet également de former des suites, comme dans une bande dessinée, en rassemblant des dessins différents sans aucune préméditation. Serneels dessine aussi bien des personnages réalistes que des perspectives d’intérieurs qu'il déforme et reconstruit souvent sous une forme ou un format autre, faisant du papier le support docile de plusieurs strates. Par leur absence d’un statut comme celui que nous attribuerions à une toile par exemple, ses œuvres sur papier irradient spontanément une probité et une franchise naturelles.

Dieuwke Spaans (°1973, Rheden, NL) développe également une approche constructiviste. Elle ne crée pas directement une image, mais travaille avec du matériel visuel existant pour reconstituer une image. Dieuwke Spaans coupe, colle et réarrange des images existantes et les transplante dans un nouveau contexte. Contrairement au dessin, qui implique souvent de faire abstraction d’un monde tridimensionnel, Spaans préfère manipuler des photographies et des pages imprimées afin de construire, par couches successives, une représentation subjective d’une réalité. Néanmoins, cette multitude de références et de symboles n’empêche pas une lecture précise de ses œuvres, ce qui rend son travail très particulier. Le caractère baroque des collages est intensifié par les traces manifestes du temps dont témoigne le papier, et la vue de déchirures manuelles visibles dans les collages.

À l’inverse, la main humaine pourrait sembler absente du travail de Haleh Redjaian (°1971, Francfort, DE). Le style de dessin géométrique très minutieux de Redjaian suscite une certaine mise à distance face à l’œuvre. Cependant, les sobres lignes de crayon et les méticuleuses broderies trahissent le procédé artisanal de sa pratique artistique. Par le caractère chronophage de ces dessins aux traits minutieusement tracés et l’ajout d’éléments raffinés tels que le fil ou la feuille d’or, le papier, toujours support d’une représentation abstraite, acquiert une apparence exceptionnellement précieuse.

Bien que plus particulièrement focalisée sur la réalisation d’installations et de sculptures, Heide Hinrichs (°1976, Oldenburg, DE) crée également des œuvres sur et avec du papier. Cette matière accessible et organique d’apparence si simple l’intrigue par ses riches possibilités. Hinrichs attribue notamment une grande valeur artistique aux propriétés fonctionnelles de certains papiers spécifiques par rapport à un autre support. Ainsi choisit-elle souvent le papier asiatique en raison de sa qualité d’absorption. En ajoutant de l’eau, elle peut le tremper, le recycler et le pétrir en pâte, le transformant à son tour en matière de sculptures en papier mâché.
Les dessins à l’encre jouent également sur cette même propriété d’absorption. En rendant imperméables, à l’aide d’une couche de cire, certaines parties de feuilles de papier mûrier poreux, elle crée un dessin qui, en plus d’un jeu visuel, met en scène la tension entre l’encre et la feuille qui n’est plus que le support partiel du dessin.

Dans la pratique artistique de Lieven De Boeck (°1971, BE), le papier sert de révélateur à des sculptures imaginaires. Par le découpage, la sculpture prend vie et sens. La présence du papier n’est visible que parce qu’elle l’autorise à exister dans le vide laissé par la découpe.
Aux côtés de ces papiers-sculptures, est présentée, spécialement pour cette exposition, une partie de White Flags, œuvre créée en 2014. Celle-ci consiste en 192 drapeaux des États membres des Nations Unies faits de minces couches de papier peau d’oignon, disposées en autant de strates que de couleurs. Emblèmes et figures sont disposées de façon à créer le motif d’un drapeau spécifique qui évoque l’image du drapeau réel. Mais l’absence de couleur peut également les faire apparaitre comme des drapeaux blancs, symboles de reddition et de négociation comme le rappelle la Convention de Genève.

Maria Kley (°1981, Tokyo, JP) expérimente un large spectre de techniques et de médias où le papier sert principalement de ressource pour son travail sculptural. Depuis son apparition, le papier, en tant que support de communication, a été un outil de partage de sentiments, d’émotions, de connaissances et de données formelles notamment. Pour l’artiste, le papier est d’autant plus précieux que, par son caractère fragile et précaire, il est et reste sensible au contact et peut ainsi conserver les traces du temps, de la mémoire et de l’histoire. Les œuvres de Kley deviennent donc des matérialisations et des amoncellements de communications verbales et non verbales, comme c’est le cas de cette nouvelle série Tax (2021). Celle-ci se compose d’enveloppes fiscales néerlandaises personnelles que Kley a collectées pendant 15 ans. Elle considère la lettre d’impôts comme l’un des objets en papier les plus chargés négativement, « comme une arme qui tombe sur le pas de ta porte ». Bien qu’elle trouve la couleur énigmatiquement belle, la réception de l’enveloppe génère stress et méfiance. Se référant à ses propres efforts déployés en tant qu’indépendante, l’œuvre fait écho aux tensions existantes dans la relation entre citoyens et autorités fiscales ainsi qu’aux récents scandales aux Pays-Bas.

Pour Hadassah Emmerich (°1974, Heerlen, NL), le papier est tout autant une matière autonome qu’un outil connecté à une pratique principalement consacrée à la peinture murale et sur toile. Sa façon de travailler sur papier est donc étroitement liée à la peinture. Ainsi utilise-t-elle un papier épais qui peut être tendu et recevoir plusieurs couches d’encre et de peinture à l’huile.
Les œuvres sur papier exposées ici sont cependant atypiques dans son travail, en ce sens que ce sont des pages d’un livre photo qu’Emmerich a ensuite repris à la peinture à l’huile. Les fleurs originales des photos lui servent de fil conducteur auquel réagissent ses couleurs et ses formes. Comme pour ses peintures murales et sur toile, ce sont des gestes spontanés qu’elle applique, avec un rouleau ou à l’aide de petits pochoirs, sur le papier lisse satiné qui brille parfois sous la peinture.

Marianne Borremans (°1995, Malle) est une artiste qui se concentre entièrement au papier. Elle réalise aussi bien des dessins que des collages qui lui servent parfois de point d’appui pour des installations spatiales ultérieures et pour des œuvres sur papier in situ à grande échelle. Elle part alors d’une archive d’images physiques et numériques qu’elle a elle-même constituée et qu’elle continue d’enrichir de toutes sortes de papiers et de matériaux d’emballage collectés dans sa vie quotidienne. En assemblant, en colorant ou en retravaillant ces papiers recyclés, Borremans traduit sa relation personnelle à une culture du jetable encore fortement établie, par une recherche plastique dans des compositions abstraites exprimées en lignes, formes et couleurs.

Louise Goegebeur, december 2021.

Groot Park 2
3360 Lovenjoel
Heures de visite
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